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De meules en moulins, un bonheur retrouvé

Alors est-elle vraiment infertile la quête du passé, des sensations, des images, des parfums enfuis ? Qu'importent au fond, les vraies raisons car, ce village, cette vie protégée, j'en suis sûr, c'est un avant goût de paradis.

Christian SIGNOL - Trésors d'enfance

L'histoire, la belle histoire des cascades du Doustre, pourrait tout simplement commencer ainsi : par un paradis perdu, puis retrouvé.

Les roues du moulin ne tourneront sans doute jamais plus, mais l'eau du Doustre continuera à passer sous le pont de Salins et, avec elle, la vie qui nous entraîne inexorablement dans son tourbillon.

Alors si l'on en stoppait le flot, l'espace d'une visite. Juste le temps de redécouvrir en ces lieux un pan de notre histoire.

C'est l'intermède que nous vous proposons au moment de franchir le seuil de ce 3è millénaire. Saviez-vous seulement que le nom de Saint Hippolyte était celui d'un soldat de l'empire romain à qui on avait donné la garde de Saint Laurent. Après avoir vu les miracles que faisait le saint diacre enfermé dans sa prison, il se convertit et fut baptisé par lui avec toute sa famille. L'empereur Valérien le fit martyriser en 261. Saint Hippolyte fut honoré au 13 août qui est la fête patronale de l'Eglise dédiée à son culte.

Mais revenons à nos moulins.

Après avoir longtemps flâné (et parfois débordé) dans les plaines de la Besse, le Doustre semble pris d'une subite frénésie pour bondir de rocher en rocher à partir du Pont de Salins. Un peu comme les enfants (après sans doute avoir trop longtemps été sages) il est épris de liberté dès lors qu'il juge pouvoir échapper aux regards. Un premier moulin était érigé là, au pied du rocher, sous la protection de la croix, tout disposé à piéger cette énergie et la rendre aux hommes. Du pain bénit en somme.

Ce moulin qui servait à moudre le seigle, a malheureusement été détruit dans la fin des années 60.

Le dernier meunier en date fut François Combasteix qui oeuvra jusqu'en 1963 ? Les plus anciens se souviennent y avoir apporté sur l'épaule la « quarte » à moudre. Débute alors une série de rapides qui, selon l'humeur du temps, caressent ou châtient de petites îles aux doux noms évocateurs de Stéphanie, Sophie, Julie...

Un œil averti saura découvrir toute une myriade de meules soit à l'état d'ébauche, soit déjà prêtes à venir « dormir » ou « tourner » au moulin. A cette époque on ne commandait pas les pièces à remplacer la veille... N'est-elle pas belle, celle qui trône fièrement sur son socle de granite, dans l'attente éternelle qu'on vienne la « lever ». On longera alors la rigole meunière taillée quelquefois à même le roc. Cet ouvrage, digne héritier des aqueducs romains, toute proportion gardée, servait à pallier les inconvénients d'un régime irrégulier des pluies (trous d'été ou de fin d'hiver).

L'eau prélevée sur le Doustre à partir d'une « lève » ou dérivation était amenée sagement dans des « serves » (réservoirs) puis de là s'épanchait sur l'ensemble de la prairie en un réseau de « levadas » (rigoles) taillées au pique-pré. D'un saut de passerelle, vous descendrez vers le lit tumultueux à l'aide de pas d'âne qui serpentent jusqu'à une seconde rigole moulinière à sec. Nouveau saut de cabri qui vous portera au pied du flot rugissant (aux périodes de fortes pluies) d'où la vue est saisissante sur le début des cascades et l'arche du pont. Bien malin celui qui saura dénicher d'une volte-face l'ancienne « pessière » qui servit en son temps de réserve à poissons après les fructueuses pêches de l'Etang de Gros situé 1,5 km en amont.

Petit retour en arrière et vous laissant dériver sur la rigole basse, vous verrez surgir outre l'eau les pans moussus et dentelés d'un moulin qui fut érigé sous le règne de Louis XIII le Juste, en 1632. Jadis on y entendait (jusqu'en 1945-46 ?) le tic-tac des engrenages et le ron-ron des meules y écraser le blé noir. Un oeil aguerri sera intrigué par un petit bâti de pierres à l'extérieur devant le seuil. Gisant à ses pieds une meule creuse semble attester de la présence jadis en ce lieu d'un moulin à huile.

Entre temps et non sans vous en rendre compte j'espère, vous aurez franchi l'impétueuse rivière à l'aide de la grande passerelle. Le Doustre aura le temps jusqu'au « roc de la buse » et au « Rio bramant » de se remettre tranquillement de son excès de fougue. Vous aurez, vous, plongé dans trois siècles et demi de notre histoire.

Michel Rival


Le rocher

 

Lundi 26 juin 2017

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